TECHNOlogos 5èmes Assises des 15 et 16 septembre 2017 : "La numérisation de l'éducation"

Introduction au samedi matin : Eduquer à quoi ?

Par Moritz Hunsmann

Retranscription

 

Merci de nous avoir rejoints ce matin pour essayer de répondre à la question « Eduquer à quoi ? ». On s’est rendu compte lors de la préparation de ces assises, que l’obsession de l’outil pouvait amener à évacuer la question du sens. Et on a souhaité réserver cette matinée pour ouvrir sur l’étude des possibles, l’avenir souhaitable.

Hier le terme « d’exaptation » a été utilisé - l’organe qui crée la fonction, et l’objet qui crée le besoin. C’est à dire le contraire de l’autonomie, l’hétéronomie, ou comme dirait Castoriadis le sens est imposé par l’extérieur. Hier aussi la question « le numérique peut-il devenir un outil d’émancipation ? » a été posée, au moment où l’on parlait de la longue liste des aliénations. On a retenu que les enseignants qui avaient une position un peu critique par rapport au numérique à l’école étaient accusés de laisser les enfants, les élèves à « la porte du futur ». Et la question d’aujourd’hui est : quel futur ? Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? Ou plutôt quels enfants laisserons-nous à la planète ?

La technique encourage un rapport aux choses plutôt qu’un rapport aux gens et elle s’oppose à l’attention portée au monde. Je pense qu’un des objectifs fondamentaux de l’éducation serait d’encourager cette attention au monde. Une fois n’est pas coutume, je vais citer Churchill de mémoire l’avenir n’est pas ce qui va arriver, l’avenir est ce que nous allons faire. Deux tendances dans l’éducation s’opposent : l’omniprésence de plus en plus massive des écrans, et de l’autre une tendance à l’éducation à la méditation, à la pleine présence. Ce qui les opposent aussi c’est que l’une est fortement intensive et l’autre n’a besoin de rien - c’est écologique au possible, on n’a même pas besoin de son professeur à la limite. Est-ce que l’on a abandonné à une sorte d’éducation au bonheur ? Le bonheur fait débat chez les elluliens, je ne parle pas du bonheur bourgeois de posséder. Le goût à la méditation s’explique peut-être aussi par la réaction au boom du numérique, il y a quelque chose qui relève de l’antidote. Le numérique porte à l’extérieur et citant un proverbe tibétain Attendre le bonheur à l’extérieur de soi est comme attendre le soleil dans une grotte orientée au nord. Le numérique et la fascination pour les écrans est similaire à cela, une quête du bonheur qui est condamnée à échouer.