Sommes-nous des ânes ?  

En posant cette question, je ne fais pas référence à ceux qui, le pas lent traçaient dans le temps les chemins dans les montagnes à risques. Non ! Je fais référence à nous les cancres, les « Making Man and Woman » et mêmes les « Design Thinking », tous ceux qui ne tutoient pas assez des sommets supposés de la pensée, de l’action. Ceux qui devraient tôt ou tard, « s’augmenter » pour répondre à une doxa qui s’installe dans l’air du temps ? On lit, on entend souvent dans les médias, l’association de deux termes, dont l’un serait en position de dominant, l’autre en position d’attribut : Intelligence, Artificielle.

Par « Artificielle », on comprend ce qui est produit par une technique plus vraiment humaine, non produit directement par la main de l’être humain. Par artificielle, on comprend que de plus en plus ce seront des algorithmes qui mettraient en œuvre notre quotidien, s’appuyant sur des bases de données gigantesques, des programmes au début pensés par l’humain, et qui peut-être s’auto-réaliseront.

Par « Intelligence », on ne comprend rien. Car même si dès la fin du XIXe on a eu envie de la mesurer avec le QI, avec plus ou moins de pertinence, on ne connait pas sa vraie nature ou sa localisation. Et je prendrais comme exemple bénin, l’accident de chute qui va écorcher le genou d’un enfant, et qui après un bisou et un petit nettoyage, va se réparer au fil des jours en faisant disparaître généralement toute trace. A-t-on entendu pendant ces jours le moindre neurone ou entité interne dire « Bon, les petits gars, il y a une voie à colmater, et à remettre à neuf. Qui a l’état des lieux initial ? … ». Y-a-t-il alors une intelligence de la réparation ? On pourrait parler au moins de volonté ou d’intention de réparation. Et je n’oserai pas parler de la remise à neuf, fidèle, d’une empreinte digitale après une coupure en bout d’un doigt !

On peut croire aussi que dès M-9, la première cellule est dotée d’une première intention, celle de se multiplier, puis celle ensuite de se différencier, et aussi de commencer à se développer en interaction avec l’environnement - des interactions de toutes natures, dans tous les sens. Pendant des années ces interactions vont façonner, construire ce qui est contenu en nous : intelligence, conscience, inconscient,… ? Certains vont segmenter l’intelligence en 8 comme Howard Gardner, certains rajouteront celle du gout, du discernement,… Un vrai patchwork qui devient de plus en plus coloré comme si on prenait au fur et à mesure conscience des fréquences « infinies » de la lumière.

Ainsi face à l’état de notre connaissance, de notre compréhension du contenu de notre enveloppe, je porte la question sur la pertinence d’associer Intelligence à Artificielle. Je comprends que pour des raisons de flux économique, le logo « IA » permet de mobiliser des fonds, des envies, des esprits talentueux - car l’« Intelligence » fait rêver, celle qu’on aimerait avoir, celle dont on se sert envers les autres... Mais je préfère plutôt parler d’« Agissements » que d’« Intelligence ». Car en fait qu’attend-on de cette artificialisation : des « Agissements », des actes avec un objectif d’efficacité qui pour la plupart du temps et tôt ou tard permettent d’alimenter le flux économique, avec tous ses travers. De plus on peut avoir l’impression générale que ces « IA » ont pour but aussi de les remplacer, voire de les piloter ces humains ?

Ânes brayons et rassemblons-nous.

A. Baudet - décembre 2019