En rire et en pleurer

Chronique ouverte le 20 février 2013

On trouvera ici une recension d'articles fondés sur des préjugés à l'égard de la Technique, qu'ils soient technophiles, technophobes, superficiels ou naïfs; du genre "la technique n'est ni bonne ni mauvaise, tout dépend de l'usage que l'on en fait". Nous soulignons ainsi comment le fait d'entériner le "progrès technique", le poser comme un fait établi sans l'analyser en profondeur, ou au contraire le critiquer systématiquement, constituent des postures opposées mais participant d'un seul et même mouvement : la sacralisation de la technique.

Le cyborg est bel et bien l'avenir de l'homme Médiapart - 8 juin 2013
"Issu de la science-fiction, le cyborg, hybride d'homme et de machine, entre à grands pas dans le monde réel, dopé par les progrès de l'électronique". Ainsi Michel de Pracontal amorce t-il son propos. Nous sommes ici au coeur de la propagande technicienne : le propagandiste et le propagandé sont une seule et même personne qui, ne doutant de rien - et surtout pas de son jugement - instrumentalise le passé proche pour justifier son désir de puissance ou de confort absolu et ainsi le "faire entrer à grands pas dans le monde réel" : "Pour transporter un ordinateur en 1965, nous explique t-il, il fallait la banquette arrière d’un cabriolet ; dans les années 1980, un sac à provisions suffisait ; vingt ans plus tard, on le glissait dans une poche de pantalon ; aujourd’hui, il se porte sur le nez (avec les Google glass) et bientôt au poignet (si le projet de montre molle d’Apple dépasse le stade de la rumeur). Impressionnant ? Rien à côté de ce qui nous attend"... Après nous avoir présenté tout un petit catalogue de prothèses, le journaliste conclut : "le cyborg n’en est encore qu’à ses premiers pas. L’étonnant serait qu'il ne soit pas l’avenir de l’homme". L'étonnant, selon nous, tient à  l'incapacité de milliers de gens à s'accepter tels qu'ils sont au point de considérer des morceaux de ferraille et de plastique câblé comme leur seul avenir possible. Encore Michel de Pracontal fait-il ici preuve d'une certaine neutralité : comparé aux transhumanistes, qui érigent leur croyance en véritable culte et se posent en prosélytes, il fait figure de "technolâtre modéré". Affirmons quant à nous que le cyborg n'est "l'avenir de l'homme" que si celui-ci n'est pas capable d'élever son esprit au niveau de "l'intelligence" artificielle de ses prothèses. Sur ce terrain, il y a encore du boulot !
http://www.mediapart.fr/journal/international/070613/le-cyborg-est-bel-et-bien-lavenir-de-lhomme

Scandale Verizon : Washington défend la saisie de millions de données téléphoniques Le Monde - 6 juin 2013
Le journal The Guardian vient de révéler que l'État américain, avec la complicité de Verizon, l'une des plus grandes entreprises américaines de télécommunications, avait pour habitude d'analyser les données personnelles de milliers de citoyens américains. Le fait que des masses d'information soient collectées de façon aussi indistincte autorise un certain nombre de journalistes à parler de "scandale Erizon", ainsi l'auteur de cet article. Mais le terme "scandale" est-il approprié ? S'il désigne tout "bruit répandu par une indignation générale", dans quelle mesure cette affaire provoque t-elle une "indignation générale" ? Existe t-il d'ailleurs encore des scandales aujourd'hui ?  Les droits de l'homme sont quotidiennement bafoués en Russie et en Chine. Et alors ? Les dirigeants du monde entier n'en continuent pas moins d'entretenir des relations normalisées avec ces États. Realpolitik = principe de réalité.. Au diable les valeurs ! De même, quand le gouvernement syrien massacre ses concitoyens depuis des mois, on  ne crie au scandale que pour préserver sa bonne conscience. Si la télésurveillance existe, c'est parce' qu'une majorité d'humains approuvent son principe : "Je n'ai rien à cacher, c'est pour ma sécurité, etc..."   A l'heure de la téléréalité et du déballage narcissique, c'est presque un honneur de savoir ses faits et gestes observés par le président des États-unis. S'il y a scandale, c'est dans le fait qu'une majorité d'humains privilégient l'affirmation de leur ego, et le confort à la liberté. Hannah Arendt affirmait que l'industrie du crime nazie inaugurait la "banalisation du mal", Jacques Ellul considérait que la Technique, du fait même de sa sacralisation, élevait le conformisme au rang de totalitarisme. Mais une minorité - il faut l'admerttre - en a tiré un enseignement. Il ne sert donc à rien d'en appeler à la responsabilité tant que l'on est pas un minimum lucide quant au sens et à la valeur que nous accordons à nos outils, les plus inoffensifs puissent-ils nous paraître.
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/06/06/scandale-verizon-washington-defend-la-saisie-de-donnees-telephoniques-d-americains_3425664_3222.html

Inventons la cyberdémocratie pour accompagner la civilisation du numérique Le Monde - 3 juin 2013
Joël de Rosnay est en pleine forme ces temps-ci (cf 25 mars et 14 mai). Ici, il  nous invite ni plus ni moins à "changer de paradigme pour épouser enfin le monde d'après". Son idée : "nous sommes à l'aube d'un véritable contre-pouvoir (à l'Etat)". Qui sont donc ces valeureux citoyens résistants ? Selon lui, ce sont "les plus jeunes (qui) n'ont connu que la connexion à des réseaux virtuels. Aujourd'hui, ils lancent des services corévolutionnaires et appliquent au réel les logiques du Web : connectés et souvent sensibilisés aux enjeux de la planète, ils conçoivent, pour certains, leur quotidien dans une optique de partage". Ceux qui ne peuvent plus communiquer avec autrui qu'en passant leur temps reclus chez eux devant leurs écrans et leurs claviers sont portés par l'idéal de partage et ce sont les "logiques du web"  qui remplacent les visions politiques d'antant. Soit... Inutile par conséquent de s'échiner à vouloir changer le monde : les "logiques du web" s'en occupent pour nous et s'il y a "révolution" aujourd'hui, ce sont elles qui la font. Le mot "corévolutionnaire", chez de Rosnay, n'en est que plus pathétique : on ne fait plus la révolution "contre" mais "avec". De fait, les jeunes geeks accompagnent  bel et bien Google et Facebook sur cette barricade des temps modernes qu'est la Toile. Mais ne nous leurrons pas : tout au plus  ne sont-ils que des figurants quand ils se croient "acteurs" (ou qu'on les présente comme tels). Ce sont Larry Page et Mark Zuckerberg qui tiennent le drapeau et posent pour l'histoire, pas eux. Et en cas de grabuge, ils ignorent que ce sont eux, et non leurs idoles, qui seront sacrifiés à l'autel de la "révolution". Un Bradley Manning paie très cher ces jours-ci pour le savoir.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/03/inventons-une-cyberdemocratie-pour-accompagner-la-civilisation-du-numerique_3423259_3232.html

Effervescente, audacieuse, paradoxale ... Marseille Télérama - 25-31 mai 2013
La Villa Méditerrannée, l'un des bâtiments-phares de la "capitale européenne de la culture", fait la une du journal bien que, page 82, un journaliste la qualifie de prétentieuse et croit bon de préciser :  "en photo, pour la couverture des magazines, çà en jette !". Sur l'image, un jeune joueur de skateboard bien propret et quelques promeneurs servent de décor. Un vrai prospectus publicitaire. Le magazine reste en revanche discret sur les règlements de compte à la kalachnikov qui animent la cité, sur le clientélisme qui tient lieu de politique locale, sur le couvre-feu qui régit la ville passé 20 heures et sur la pauvreté qui n'est pas seulement culturelle (quatre cinémas pour toute la ville, deux merveilleuses librairies fermées ces dernières années, Païdos et Regards)... La culture, instrumentalisée par le marketing pour  "cacher la misère" ? Non, vous n'y pensez pas ! Revenons au bâtiment: il dépasse de 40 mètres au dessus du vide, ce qui constitue une prouesse technique. Mais ce qui rend possible celle-ci est invisible de l'extérieur car des tirants d'acier la maintiennent, descendant jusqu'à 48 mètres de profondeur. Toute idéologie fonctionnne comme un voile dissimulant la réalité. En cela, cette coûteuse réalisation sert de symbole au système technicien. Mais de cela, Télérama n'en dira pas un mot.
article non mis en ligne

Demain, la révolution du pronétariat Le Monde - 14 mai 2013
Joël de Rosnay, "conseiller pour Universcience et président exécutif de Biotics International", nous annonce une très bonne nouvelle : les citoyens du monde sont en train d’inventer une nouvelle démocratie" et le sinistre prolétariat, connu pour être râeur et revendicatif, est en passe d'être remplacé par le radieux "pronétariat" (les pronétaires, précise de Rosnay, ce sont "ceux qui sont pour et sur le Net")... Karl Marx peut donc aller se rhabiller : plus besoin désormais d'aller manifester dans la rue, il y aura à manger pour tout le monde. Car, c'est bien connu, un écran et un clavier, c'est plein de calories et ça nourrit son homme... L'ensemble de l'article baigne dans la même euphorie, jusqu'à la célèbre petite formule qui  claque. Cette révolution, nous dit le monsieur, se fera "pour le meilleur ou pour le pire". Tiens donc !  On aurait tout à coup un petit doute ?
http://lesclesdedemain.lemonde.fr/organisations/demain-la-revolution-du-pronetariat_a-12-1459.html

Drones de jeu Libération - 12 mai 2013
Correspondante de Libé à Washington, Lorraine Millot analyse la prolifération des drones civils aux USA. Bien que documentée, son enquête est superficielle. Un ancien pilote de jet nous confie à quel point "le drone est un hobby addictif" et afirme que "le champ des usages commerciaux est immense". Soit. Plus loin, un autre affirme que "le drone, aujourd’hui, c’est comme l’ordinateur individuel en 1985. A l’époque, on n’imaginait mal l’impact de cette nouvelle technologie sur nos vies". On baigne dans le lieu commun... L'article devient intéressant quand la journaliste ironise sur le fait que le patron de Google réclame l'interdiction des drones au motif qu"ils consistuent une atteinte à la vie privée: c'est en effet l'hôpital qui se moque de la charité. Plus encore quand elle nous apprend que l'un de ces accros de l'avion télécommandé exerce les activités de pasteur, que son groupe paroissial le qualifie d’évangéliste du drone et comment il l'explique : "Une des premières choses que Dieu a demandées à l’homme, dans le livre de la Genèse, c'est d’être créatif. Or quoi de plus créatif que de faire voler un objet ? (...) J’ai utilisé l'un de mes 35 drones pour convaincre mes paroissiens qu’il fallait réguler la circulation sur le parking de l’église." La journaliste ne précise pas comment cet huluberlu envisage par la suite la régulation de la circulation des drones mais conlut ainsi : "Plutôt qu’un long sermon, le pasteur fait des films où chacun peut voir le parking comme avec les yeux de Dieu". Quel dommage qu'elle n'aille pas jusqu'au bout de son raisonnement, à savoir que la technique est sacralisée jusque et y compris chez des hommes d'église.
http://mobile.liberation.fr/monde/2013/05/12/drones-de-jeu_902333

La révolution Big Data Le point - 9 mai 2013
Connu pour ses positions libérales, l'essayiste Nicolas Baverez rappelle que "la technologie du Big Data consiste, par la démultiplication des puissances de calcul et de stockage, dans le traitement et l'analyse à très haute vitesse de volumes massifs de données individuelles diverses". Comme tant d'autres, il qualifie cette évolution de "révolution". Plus précisément, il voit en elle  "la troisième révolution de l'informatique, la première (étant) celle de la mécanisation et de l'industrialisation des opérations au sein des grandes organisations (...), la deuxième, placée sous le signe d'Internet, étant celle des réseaux et des communautés, la troisième étant donc celle des données, replaçant l'individu au centre de la production de l'information, de la connaissance et de la valeur. (...) Chacun maîtrise la production de ses données, consent à leur transmission, bénéficie de leur confrontation avec celles d'un vaste ensemble d'inconnus". Mais plus loin, Baverez se reprend : "Pour autant, il faut se garder de toute illusion technologique (sic): la révolution du Big Data n'est pas en elle-même miraculeuse ou diabolique. Les fabuleux progrès qu'elle recèle vont de pair avec des risques tout aussi majeurs : manipulation des données, intrusions et atteintes à la vie privée, prise de contrôle par des monopoles ou oligopoles privés, pour l'heure américains"... Tout cela pour nous dire que le Big Data, c'est à la fois bien et pas bien ! Mais la palme du lieu commun tient dans la conclusion, qui se veut avoir valeur programmatique : "Il est urgent de réfléchir sur une base mondiale, associant acteurs publics et privés, à des valeurs et une éthique, des institutions et des normes, des droits fondamentaux (...) et de rappeler que la démocratie est d'abord l'éducation des citoyens à l'exercice responsable de la liberté, dont ils sont plus que jamais, dans ces temps de crise et de révolution technologique, l'ultime rempart". Wouaouh, voilà qui a un petit parfum de révolte ! Mais qui donc va soudainement se mettre à "réfléchir à des valeurs" et pourquoi ne l'a t-il pas fait plus tôt ? Qu'est-ce que Baverez entend par "base mondiale", qui la coordonnerait et au nom de quelle légitimité ? Qui, surtout, devrait "rappeler que la démocratie est d'abord l'éducation des citoyens" quand Baverez lui-même, en tant que penseur libéral, fustige toute idée de régulation à l'endroit des "monopoles ou oligopoles privés" ? Last but not least : pouquoi donc Baverrez place t-il sur  le même plan la "crise" et la "révolution technoloqique" ? La seconde ne serait-elle pas par hasard synonyme de la première ?...
http://www.lepoint.fr/editos-du-point/nicolas-baverez/la-revolution-big-data-09-05-2013-1664906_73.php

Un robot a-t-il écrit cet article ? Télérama - 8 mai 2013
Aux États-Unis, les robots s'imposent dans le monde de la presse. Erwan Desplanques énumère un certain nombre de cas où il est ainsi, notamment grâce aux travaux de Kristian Hammond, à la fois chercheur en intelligence artificielle dans une université de Chicago et co-fondateur en 2010 d'une start-up spécialisée dans la rédaction de dépêches d'info sans intervention humaine. Hammond affirme que "dans quinze ans, 90% des articles seront écrits par des robots". Desplanques, pour qui ce nouveau journalisme est "désincarné mais efficace", affirme que "cette hyper-technologisation de l'info a évidemment deux versants : l'un, positif, qui consiste à offrir une assistance éventuelle aux journalistes (...); l'autre, plus controversé, qui vise simplement à réduire les coûts". L'"évidence" de cette ambivalence n'étant que soulignée, elle a valeur de lieu commun. Et les voeux pieux se substituent à l'analyse : "pour se défendre, affirme Desplanques, les journalistes devront soigner le style et redoubler d'originalité dans le choix des sujets". Comme si ces deux dispositions pouvaient valoir de remparts. Comme si les informaticiens n'allaient pas s'ingénier à concevoir des algorithmes plus performants dans ces deux directions. Et comme si la majorité des consommateurs d'information, déjà complètement a-critiques vis-à-vis du fait que notre société dans son ensemble est devenue technicienne, ne préféraient pas qu'elle soit efficace plutôt qu'incarnée. Faudra-il que ce soit des robots qui nous expliquent un jour pourquoi, dans tous les domaines de l'existence, ils nous remplacent ?
article non mis en ligne

Baptème du feu réussi pour le premier pistolet en 3D France 24 - 7 mai 2013
Une imprimante 3D a fabriqué un pistolet en plastique capable de tirer de vraies balles. Le journaliste - qui, au passage, ne commente pas le fait que cet objet a été conçu par un étudiant américain de 23 ans et qu'il a été baptisé Liberator - estime que cette "excitante prouesse technologique pourrait ouvrir la voie à de nombreuses dérives". Quelle remarquable intuition !  "D’un point de vue politique, ajoute t-il, elle pourrait donner des sueurs froides au gouvernement américain, (qui) tente désespérément (c'est nous qui soulignons) de réguler le trafic d’armes à feu dans le pays". L'inventeur, qui compte mettre gratuitement en ligne le schéma de son arme, déclare : "je reconnais que cette arme pourrait être utilisée pour blesser des gens mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’une raison suffisante pour ne pas en dévoiler les plans". "Une manière pour lui, indique le journaliste sans autre commentaire, de souligner à quel point le débat sur le contrôle des armes est déjà dépassé”. Sa conclusion est désarmante (si l'on peut dire) : "reste à espérer (c'est à nouveau nous qui soulignons) que cet exploit technologique ne tombe pas entre de mauvaises mains". Espoir, desespoir... ainsi  se résume la façon dont est aujourd'hui activé le processus d'autonomisation de la technique.
http://www.france24.com/fr/20130506-imprimante-3d-etats-unis-premier-pistolet-plastique-cody-wilson

La dernière technologie de reconnaissance faciale atteint une vitesse supersonique GNT - 7 mai 2013
Le site de GNT (Génération nouvelles technologies), d'orientation technolâtre, annonce le lancement d'une technique de reconnaissance faciale qu'il présente comme "la plus efficace au monde" : quarante fois plus rapide que les procédés traditionnels, elle peut traiter en temps réel un enregistrement ou une vidéo en direct en haute définition. Les propos du PDG de l'entreprise qui l'a mise au point sont rapportés : "Surpris par la quantité de demandes provenant de nombreux pays où la sécurité est devenue un facteur crucial pour la croissance des entreprises, nous proposons la solution idéale pour réduire la criminalité dans le secteur de la vente au détail et dans d'autres secteurs tels que les banques, les établissements de jeu ou les services des forces de l'ordre". Nous relevons ici la "surprise" de ce sympathique patron, si généreux en "solutions idéales". A l'évidence, les industriels de la vidéo-surveillance ne sont pas encore gagnés par le cynisme qui caractérise les fabriquants d'armes. On a donc bien raison de parler de "nouvelles" technologies. Pourvu surtout qu'elles restent jeunes !
http://www.generation-nt.com/derniere-technologie-reconnaissance-faciale-atteint-newswire-1729282.html

Le recrutement et la productivité à l'heure des Big Data Le Monde, Interactu - 7 mai 2013
"L'analyse des grandes quantités de données - le Big Data - est appelée à révolutionner bien des domaines. L'emploi et les ressources humaines pourraient même devenir l'un de ses premiers terrains d'application". Àinsi commence ce long article d'Hubert Guillaud. D'emblée, le lecteur est averti : c'est du marché du travail dont il va être question, nullement des personnes qui travaillent. Guillaud construit son propos sur une recension d'articles du New York Times. Extraits choisis : "Jusqu'à présent, les études sur le comportement des travailleurs étaient basées sur l'observation de quelques centaines de personnes alors qu'aujourd'hui, elles peuvent inclure des milliers, voire des dizaines de milliers d'employés" (...) "Nous assistons à une révolution et cette révolution va transformer l'économie de l'organisation et l'économie personnelle"... Une fois n'est pas coutume, le mot  "révolution"  est utilisé pour insinuer l'idée que ce dont on parle répond à un projet prémédité et concerté. Toutefois, Guillaud n'est pas gêné d'admettre qu'aujourd'hui, on ne "fait" plus les révolutions : on n'a plus qu'à y "assister". Il va même jusqu'à reconnaître que cette "révolution" n'est pas forcément synonyme de libération. "Bien sûr, ces nouveaux outils posent des questions de vie privée sur les limites de la surveillance des travailleurs", concède t-il juste avant de poursuivre son inventaire des avantages et des défauts de tel ou tel alorithme en termes de productivité. Un peu plus loin, il lâche : "ces nouveaux outils posent de fortes questions de régulation" (...); "le fondateur de (telle entreprise) ne semble pas tenir la vie privée en grande considération" (...); "la surveillance des employés dans les entreprises ne cesse de progresser" (...); "(telle autre entreprise) a été l'objet d'une polémique quant à l'utilisation de brassards électroniques pour surveiller la productivité de ses employés". Son propos prend un relief particulier quand il affirme que "les employés n'achapperont pas au développement de la mesure de leur activité" puis, à peine quelques lignes plus loin, que "les Big Data s'apprêtent à améliorer l'embauche et le bien-être des employés". Nulle part, hélas,  Guillaud n'explique en quoi le fait d'"assister à une révolution" sans en être l'acteur et celui de "ne pouvoir échapper au développement de la mesure de son activité" constituent des sources de bien-être. Et quand, tout à fait à la fin, il fait mine de s'interroger - "Reste à savoir au bénéfice de qui" s'opère cette  révolution - on a envie de lui répondre comme Gaston Lagaffe, ce célèbre personnage de BD dont le patron s'évertue sans cesse à "mesurer son activité" : "M'enfin !" 
http://internetactu.blog.lemonde.fr/2013/05/03/le-recrutement-et-la-productivite-a-lheure-des-big-data

Quelqu'un qui naît aujourd'hui a peut-être une espérance de vie extrêmement longue France 2, Journal de 20 heures - 28 avril 2013
Interrogeant Laurent Alexandre (voir ci-dessous), David Pujadas se fait l'interprète de sa thèse : la mort deviendra bientôt "un simple problème médical". Au nom des meilleures intentions (le recul des maladies), le médecin se livre alors à un véritable plaidoyer en faveur du séquençage ADN, avant de glisser ces mots : "nous sommes aujourd'hui face à un véritable tsunami technologique". A aucun moment le journaliste ne relève l'expression et ne lui demande en quoi ce tsunami n'est pas (ou ne risque pas d'être) une catastrophe, comme tous les tsunamis. Et quand l'interviewé affirme que "ces évolutions étaient imprévisibles en 1990" mais que "tous les français seront séquencés en 2025", le présentateur reste tout aussi passif : pourquoi donc les hommes sont-ils imprévoyants face au progrès ? Que fera t-on du temps gagné sur la mort ? Est ce que les hommes feront avec le temps ce qu'ils font depuis toujours avec l'argent : croire que plus ils en ont, plus il sont heureux ? Et quid de la surpopulation mondiale ? Que dira t-on à celles et ceux qui, pas plus demain qu'aujourd'hui, n'auront accès à ces "progrès" ?... Non, rien de tout cela. n'est évoqué. "Merci d'avoir répondu à nos questions" conclue poliment Pujadas, visiblement persuadé d'en avoir posé mais qui - comme tant d'autres et par son indigence - remise au placard le tapis rouge qu'il vient de dérouler devant le scientifique afin de l'élever au rang d'expert. Sujet suivant... et qu'on n'arrête surtout pas le progrès !
http://www.francetvinfo.fr/video-ce-qui-naissent-aujourd-hui-vont-vers-une-esperance-de-vie-extremement-longue_314909.html

Google et les transhumanistes Le Monde - 18 avril 2013
"Ray Kurzweil, le pape du transhumanisme, a été embauché par Google comme ingénieur en chef pour faire du moteur de recherche la première intelligence artificielle de l'histoire." Ainsi débute cet article du chirurgien Laurent Alexandre, lequel nous explique (à juste titre) que "les transhumanistes soutiennent une vision radicale des droits de l'humain. Pour eux, un citoyen est un être autonome qui n'appartient à personne d'autre qu'à lui-même, et qui décide seul des modifications qu'il souhaite apporter à son cerveau, à son ADN ou à son corps au fil des avancées de la science. Ils considèrent que la maladie et le vieillissement ne sont pas une fatalité. La domestication de la vie pour augmenter nos capacités est leur objectif central. Selon eux, l'humanité ne devrait avoir aucun scrupule à utiliser toutes les possibilités de transformation offertes par la science." L'article se termine par ses mots : "on aura compris que Google nous emmène vers une civilisation transhumaniste". "On aura compris" ?... Que signifient ces mots ? "Circulez, il n'y a rien à voir" ?... "C'est comme ça et pas autrement" ?... Ce que, pour notre part, nous comprenons de cette formule elliptique, c'est que son auteur tient la convergence NBIC pour un fait établi, qu'il convient de ne critiquer sous aucun prétexte. Et ce que nous savons, c'est qu'il est lui-même un scientiste pur-jus, un transhumaniste qui n'avoue pas son étiquette, un techno-prophète qui a l'habitude de clôturer ses interventions par des "convictions personnelles"  (http://www.tedxparis.com/talks/laurent-alexandre-le-recul-de-la-mort-vers-une-immortalite-a-breve-echeance) après les avoir  subtilement noyées dans toutes sortes d'éléments factuels, procédé propre à l'idéologie moderne. La propagande ne passe plus en effet par les affiches et les slogans primaires mais par une rhétorique sophiste. C'est bien pourquoi d'ailleurs il est si difficile de démystifier l'idéologie technicienne.
http://mobile.lemonde.fr/sciences/article/2013/04/18/google-et-les-transhumanistes_3162104_1650684.html

Un groupe de travail sino-américain promet de lutter contre les cyberattaques Le Monde - 13 avril 2013
Une cyberattaque est un acte malveillant provoqué contre un dispositif informatique et pouvant l'être aussi bien par un individu isolé (hacker) que par une organisation poursuivant des objectifs géopolitiques, La première ayant visé une structure étatique date de 2007 (pendant plusieurs semaines, des sites de l'administration, de la presse et du secteur bancaire estonniens ont été perturbés par des virus, injectés, présume t-on, depuis la Russie). En mars 2013, nous dit cet article, le président Obama a mis en garde les autorités chinoises contre le phénomène croissant d'attaques chinoises contre les Etats-Unis et leur a promis des conversations "musclées". Mais en définitive, révèle ce même article, la Chine et les Etats-Unis ont décidé de "créer un groupe de travail sur la sécurité informatique". L'article reste étrangement discret sur les raisons pour lesquelles on est passé de la perspective d'un échange "musclé" à la collaboration.
http://mobile.lemonde.fr/technologies/article/2013/04/13/un-groupe-de-travail-sino-americain-promet-de-lutter-contre-les-cyberattaques_3159466_651865.html

Les nanotechnologies, une filière entre promesses et interrogations Le Monde - 10 avril 2013
Un directeur R&D d'Alstom déplore "un certain retard dans l'industrialisation des nanotechnologies". Selon lui, la première des raisons de ce retard tient à ce qu'un "battage médiatique a été fait autour de ce sujet, lequel a engendré des réactions de la part des citoyens qui ont commencé à poser des questions sur l'impact sanitaire, environnemental et sur leur vie privée. Personne n'a été préparé à ces questions soudaines. (Du coup), il a fallu se poser de nouvelles questions (qui avaient été éludées un peu rapidement sous le coup de l'exaltation des potentialités annoncées), analyser les propriétés des nanoparticules, leurs couplages et leurs interactions avec le milieu biologique (humain et végétal)". Ce monsieur se garde d'établir un rapport entre le fait d'être "exalté par les potentialités annoncées" des technologies et celui d'"éluder un peu rapidement" certaines questions. Voyant "un véritable enjeu stratégique" dans "l'alliance entre opérateurs de recherches fondamentales et technologiques", il qualifie d'essentiel le fait de "ne pas manquer les rendez-vous Horizon 2020".  Mais n'est-ce pas céder à "l'exaltation" que de voir dans un "enjeu stratégique" quelque chose d'essentiel ? Le mot "Horizon", avec sa majuscule, n'exprime t-il pas à lui tout seul le caractère eschatologique de ladite "exaltation ? ... Voilà, à n'en pas douter, des questions auxquelles l'immense majorité de nos concitoyens n'est guère "préparée".
http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/04/10/les-nanotechnologies-une-filiere-entre-promesses-et-interrogations_3151370_1650684.html

Comment vivre avec son androïde Télérama, 30 mars - 5 avril 2013
Commentant la série Real Humans, Sophie Bourdais écrit : "(le robot) Curiosity explore la planète Mars. A domicile, hélas, le progrès technologique n'a pas dépassé le stade de l'aspirateur qui circule à sa guise et se recharge tout seul." La journaliste, "hélas", ne nous dit pas les motifs de son regret. Est-elle en manque de robots dans sa vie quotidienne ?... C'est précisément parce que ce genre de non-dits est aujourd'hui usuel, allant de soi, qu'il est difficile de prendre conscience du caractère autonome de la technique. Non seulement la recherche du confort absolu dans tous les domaines de l'existence constitue la doxa dominante mais on n'est généralement pas disposé à ls'avouer à soi-même qu'au nom de la modernité, on s'est enferré dans le matérialisme le plus étriqué qui soit.
Article non accessible en ligne

Est-ce que c'était mieux avant ... la civilisation du numérique ? Libération, 25 mars 2013
"Une intelligence des foules est en train de naître, qui privilégie la pratique solidaire de l’intelligence collective à l’exercice solitaire du pouvoir électif. Incontrôlables, destructrices, les foules connectées en temps réel sont également susceptibles de résoudre des problèmes complexes plus efficacement que le meilleur des experts". Ainsi s'exprime Joël de Rosnay, "scientifique, prospectiviste et écrivain"...  Il y a de la foi dans le propos ! Et le reste est à l'avenant. En résumé, "tout le monde, il est connecté, tout le monde il est beau et gentil". C'est simple, il suffisait d'y penser et de ne pas craindre le ridicule à l'affirmer.
http://www.liberation.fr/evenements-libe/2013/03/25/est-ce-que-c-etait-mieux-avant-la-civilisation-du-numerique_891050

Interface homme-ordinateur : le prochain Siri pourrait rire, pleurer et se mettre en colère Smartplanet, 25 mars 2013
SmartPlanet est un magazine en ligne faisant la promotion des "technologies innovantes au service de la planète". Exemple : des chercheurs de Cambridge et de la société Toshiba viennent de créer un avatar capable d'exprimer des émotions. Le professeur Cipolla affirme sans sourciller  que "cette technologie est l'amorce d’une toute nouvelle génération d’interfaces permettant d’interagir avec un ordinateur bien plus qu'avec un être humain".  Si ce monsieur vit en couple, on peut donc s'attendre à ce qu'il se mette un jour en ménage avec un tas de ferraille. Pardon ! avec une "technologie innovante au service de la planète".
http://www.smartplanet.fr/smart-technology/interface-homme-ordinateur-le-prochain-siri-pourrait-rire-pleurer-et-se-mettre-en-colere-23864

Les nouvelles technos ne détruisent pas le cerveau, elles s'y adaptent ! Le Monde, Interactu 15 mars 2013
Hubert Guillaud commente un article de Sebastian Diuguez, chercheur en neurosciences à l'université de Fribourg, selon qui, "plutôt que de nous demander si les nouvelles technos sont en train de pirater nos cerveaux", il faut plutôt "nous demander si ce ne sont pas nos cerveaux qui piratent les nouvelles technos". Après d'autres arguments tout aussi confondants ("nous devons laisser la nature nous inspirer" ... comme si "la nature" avait encore son mot à dire face à la Technique), Diuguez, conclut : "Si quelque chose est trop rapide pour nous, nous ne l'adopterons pas. Nous ne sommes pas submergés, nous savons très bien ignorer ce qui ne nous intéresse pas." Qu'on se rassure, donc : en bon "homme moderne", Diuguez contrôle toutes les situations et avec lui - qu'on se le dise - la technique n'a qu'a bien se tenir.
http://internetactu.blog.lemonde.fr/2013/03/15/les-nouvelles-technos-ne-detruisent-pas-le-cerveau-elles-sy-adaptent

"Real Humans" : un miroir pour nos propres existences Arte Magazine, 13 mars 2013
La fiction, particulièrement la science-fiction, peut-elle servir d'instrument pédagogique pour mettre en garde les hommes contre les dangers que représente la technique à l'endroit de leur liberté ? Sans doute. Mais tout le monde n'est pas George Orwell. Répondant aux questions d'Oriane Hurard, Lars Lundström, le réalisateur de la série TV Real Humans (qui met l'humanité en présence des "hubots", une armée de robots androîdes programmés censés être à son service, ne semble pas spécialement sujet aux états d'âme. "Les avancées actuelles en robotique, nous dit-il, n’ont vraiment rien à voir avec ce que nous montrons à l’écran dans Real Humans. Ils sont encore tellement loin du degré de sophistication des hubots, je ne sais pas s’ils seront un jour capable de faire des robots aussi perfectionnés. Peut-être que les avancées scientifiques nous le permettront un jour, j’espère !" A la journaliste qui lui demande 'Vous l’espérez, vraiment ?", Lundström répond : "Cela serait passionnant ! Si nous prenons en main correctement leur développement, de façon responsable, je suis persuadé que cela pourrait être très bénéfique dans beaucoup de secteurs. En revanche, si on crée quelque chose et que l’on se contente de le mettre sur le marché, sans aucune prise de responsabilité, c’est un vrai risque. Cela demanderait une vraie réflexion et un vrai débat public." En attendant le débat public en question, Lundström fait-il preuve de "responsabilité"" quand il "espère" que l'on fabrique un jour "des robots aussi perfectionnés" ?
http://www.arte.tv/fr/lars-lundstroem-createur-de-real-humans-un-miroir-pour-nos-propres-existences/7369880.html

Les robots sont-ils l'avenir de l'Homme ? Science magazine - février-mars-avril 2013
La presse jeunes n'est pas réputée pour être critique à l''endroit du phénomène technique. Pour preuve cet article (non signé) dont la question-titre trouve sa réponse en une du magazine : "L'homme robot, il sait tout faire !" "S'il n'est ni envisagé ni souhaitable de remplacer l'humain par les robots,  nous dit-on, ces derniers savent néamoins prendre le relai pour distribuer des médicaments à heures fixes, vidéo-surveiller un malade isolé, etc..."  Une question nous brûle les lèvres : pourquoi les robots "savent" ils faire de plus en plus de choses bien qu'il ne soit "ni envisagé ni souhaitable" qu'ils égalent l'homme ?
http://www.youscribe.com/catalogue/presse-et-revues/actualite-et-debat-de-societe/medias/les-robots-sont-ils-l-avenir-de-l-homme-1986635

Cassons les ordis ! La Décroissance, 27 février 2013
Le titre occupe presque toute la couverture du journal qui, prochainement, à n'en pas douter, nous exhortera à revenir à la bougie. On attend la mise en actes des idées professées par ces néo-luddistes . La prochaine édition, sera probablement entièrement manuscrite et ce seront des enluminures qui nous montreront les ordinateurs  saccagés par l'équipe de rédaction...  Toute ironie mise à part : technophobie et technophilie sont les manifestations contraires d'une même sacralisation de la technique, il n'y a pas d'idoles sans tabous.
http://www.ladecroissance.net/images/journal97_gd.jpg

Téléphone portable : "Un excès, oui, mais pas de véritable addiction" L'Expansion - 20 février 2013
Dans cet article, on apprend que "42% des Français se disent dépendants de leur téléphone, 78% pour les moins de 25 ans" mais que, selon une sociologue (Joëlle Menrath), "il n'y a pas  (pour autant) d'addiction à proprement parler". L'argument invoqué est imparable : "Dans le cas d'une addiction, le sujet éprouve des dommages physiques et psychiques et ne parvient pas à lutter contre cet attachement nocif. Or cela fait huit ans que je travaille sur ce sujet et les gens m'expliquent combien ils sont heureux de se séparer occasionnellement de leur téléphone. Il existe une autodiscipline chez eux, il n'y a donc pas d'addiction." La sociologue ne nous dit pas quelle est la durée et la fréquence de ces moments où l'on s'éloigne de ses prothèses mais elle nous affirme que "plutôt que d'addiction, il faut parler d'un effort de réajustement permanent des individus face aux évolutions et aux mouvances des technologies". C'est pas joliment dit ?
http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/telephone-portable-un-exces-oui-mais-pas-de-veritable-addiction_373335.html